J'ai décidé de tenir, à partir d'aujourdhui et jusqu'à ma mort, mon journal intime, sous la forme attrayante d'une chronique littéraire par épisodes, à la façon de Proust.
EPISODE 1 : LA DECHEANCE D'UN AMI DE 30 ANS
Je vais donc pour commencer, ici et maintenant vous conter la bien amère et triste histoire d'un ami de trente ans.
Histoire certes navrante mais néanmoins édifiante et qui a inspiré à mon restaurateur chinois préféré par ailleurs, puit insondable de sagesse orientale, cet adage, oh combien subtil : "camarade du Parti, les pattes du canard sont courtes, il est vrai ; mais les allonger ne lui apporterait rien."
....Seuls les gens intelligents devraient comprendre.
Voilà l'histoire.
Trois ans à peine et, d'illustre, estimé, zinfluent blogueur voilà cet ami de trente ans tombé dans la cloche, la débine et la dêche.
Il a perdu ses lunettes, s'est laissé pousser la barbe, un peu maigri, mais sa coiffure est indéniablement la même.
De ses anciens amis et compatriotes (c'est pas sûr mais on s'en fout), qui penauds changent de trottoir pour ne pas avoir à affronter son regard, je reste le seul à lui glisser subrepticement deux à trois madeleines fraiches à tremper dans un fond de canette oubliée par quelque miséricordieux passant.
Certes, il y a bien Soeur Fiso, dite La Bienheureuse, qui après une vie de patachon s'est trouvée enfin une conduite décente, s'est rangée et finalement est entrée dans les ordres et qui en cette occasion lui fit don, magnanime, de son vélo sans selle.
Allez savoir pourquoi.
Son ultime ami semble être cet autre drôle, auquel tous les éditeurs honnêtes de la place de Paris, font dire qu'ils sont absents du bureau et qui, du coup et sans doute par dépit, a ouvert sur le trottoir près de l'Ecole élémentaire mixte du Kremlin une misérable échoppe dite littéraire où il se tient, interpellant les passant, en se qualifiant pompeusement d'écrivain public.
D'ailleurs vu les antécédents littéraires de l'individu, et ses opinions politiques, la police le surveille.
Par fidélité au passé et à nos souvenirs communs, par compassion je fais mine de croire à la rocambolesque histoire de licenciement de mon ami de trente ans, consécutif selon ses délires aux cours catastrophiques de la bourse, la chute désastreuse du prix du baril, de rachat et de la restructuration de la boîte où il consultait.
Mais, en tant qu'ami de 30 ans, je sais qu'il sait que je sais que la fréquentation assidue de ce lieu qu'il nommait abusivement bibliothèque , rapport à l'alignement des objets, n'est pas pour rien dans sa chute, sa décadence et sa déchéance politique, économique, sanitaire et sociale...
La culture c'est comme tout, faut pas en abuser.
Ce qui me chagrine c'est qu'à présent, dans son état de confusion mentale, voilà qu'il me confond avec un certain Brildji, un Gros Noir Africain mi-sénégalais mi-ivorien, amateur de boisson moussante, certes jovial comme tous les congénères de son espèce, mais hélas ne tenant guère la marée.
Moi qui fut, en mon heure, capitaine au long cours...ça me vexe.
La dernière fois quand j'ai rencontré mon ami de trente ans, il m'a demandé des nouvelles de La Rousse Flamboyante; j'ai bien été obligé de lui avouer, (puisqu'il était à l'origine de cette rencontre) qu'après notre aventure torride qui s'est achevée dans les larmes, la douleur et une certaine violence, elle a choisit de retourner auprès de son mari qui lui a pardonné et a bien voulu accepter d'élever notre fils, fruit de ses amours coupables à elle.
Ah Les Rousses !
Je ne lui en veut pas : Notre Histoire Etait Merveilleuse Mais Sans Avenir.
PS : Par reconnaissance envers le mari, et par décence et discrétion, je ne met met pas le lien qui pourrait conduire au blog de La Rousse; à la place je dévoile illico celui qui conduit à ma maîtresse secrète actuelle.
Ca lui apprendra à me descerner des prix dans des palmarès truqués.
( à suivre, peut-être)
Mon histoire, c'était pire que ça ?)


